ZHEST : L’ avion-fusée d’ EADS, faut-il arrêter le progrès ?

Au salon du Bourget EADS vient de sortir de ses cartons un projet futuriste d’avion-fusée censé permettre à horizon 2050 de rallier Paris à New York en 1h30 contre 8h à l’heure actuelle, et Paris-Tokyo en 2h30, et tout çà en polluant beaucoup moins, premiers essais de prototypes annoncés en 2012. Le projet se veut réaliste, et peut être aussi une solution pour sauver le transport aérien qui est voué à disparaître progressivement à cause de la pénurie de pétrole qui nous pend au nez.
Imaginez vous le bolide fendant l’air (ou plutôt l’espace) à 5000km/h… Un Nouméa-Paris en 4h de vol, départ Vendredi soir, retour Dimanche soir pour une virée shopping aux Champs Elysées. Et tout çà sans carburer aux énergies fossiles et donc sans polluer la planète !

Eureka ! Alors le transport aérien de masse est-il sauvé ? Le pétrole n’est-il plus un problème pour le transport longue distance ? Humm… minute, minute… réfléchissons un peu…

Il n’y en aura pas pour tout le monde.

A 100 000 ou 200 000 euros, tarif envisagé pour le billet, il n’y aura guère que la caste des hyper-riches qui pourrons s’offrir l’hyper-balade dans cet hyper-sonique. Dans tous les pays l’avenir économique s’assombrit pour les masses populaires grouillantes soumises à la hausse des prix des denrées alimentaires et de l’énergie, tandis que parallèlement les milliards dépensés dans ces programmes de recherche ne visent clairement pas à trouver des solutions pour la mobilité du plus grand nombre mais plutôt à préparer de nouveaux services VIP aux futurs oligarques ploutocrates du système néo-féodal des 21ème et 22ème siècle.

Aussi écolo que d’aller chercher son pain au coin de la rue avec une formule 1

On nous apprend aussi que la boite volante est prévue pour utiliser du biocarburant à base d’algue pour les décollages et atterrissages : OK, le bilan des biocarburants de seconde génération annonce des perspectives non-nocives pour la planète et ne concurrence pas, du moins directement,  les ressources alimentaires.

Ensuite il est prévu que ce soit de l’hydrogène et de l’oxygène qui propulse la croisière en mode « fusée » à 32 000 mètres d’altitude. Et pour cela il y en aura une sacrée quantité : sur les images présentées plus de la moitié de la longueur de l’appareil est occupée par les réservoirs H2/O2, leur combustion ne devant dégager en théorie que de l’eau (vapeur d’eau).

Alors… Green ? ou pas Green ? çà dépend… car cela ne résout toujours pas le problème de la production de l’hydrogène… car la fabrication de ce gaz nécessite beaucoup d’électricité (procédé hydrolyse), si cette électricité est produite à partir de pétrole, alors en terme de bilan CO2 du vol Nouméa-Paris cela ressemblera beaucoup à une expédition à bord d’une bonne vieille locomotive à fioul.

Enfin, et même si on utilisait les énergies renouvelables pour fournir l’électricité nécessaire à la production du carburant, il faudra toujours se poser la question : si tout le monde avait accès à cette technologie, combien de planètes faudrait-il pour en assumer le fonctionnement (métaux, gaz rares, infrastructures au sol, hectares de cultures etc..) ?

Vendre du rêve pour continuer à faire tourner la boutique.

EADS sans aucun doute a besoin par cette annonce de se donner une image d’entreprise à la pointe de l’innovation, et tant pis si l’objectif « pour qui », « pourquoi » reste indéfini… Pourvu qu’il y ait l’ivresse d’un Cocktail au Bourget entre décideurs et « maîtres » du monde pour se chatouiller l’égo et se donner l’illusion un instant qu’à ce rythme un jour on ira même vers les étoiles et au-delà.

Cette course en avant de l’humanité, vers un « progrès », sans cesse « en marche », « toujours plus haut », « toujours plus vite » ne m’a pas paru avoir des effets fondamentalement révolutionnaires pour une humanité globalement meilleure, ou bien plus sereine, au contraire, l’inquiétude d’un emballement social, énergétique et environnemental est plus que jamais très présent.

Attention ! Je ne dis pas là que je suis contre les avancées technologiques, parmi lesquelles de nombreuses, notamment dans le domaine médical, ont permis d’améliorer les conditions de vie des gens. En attendant, il est vrai que l’on se pose de moins en moins la question du sens et de la nécessité des objets et outils qui nous entourent : et je citerai, une fois de plus Pierre Rabhi, adepte de la « sobriété heureuse » :

 « La technologie n’a pas cessé d’évoluer, mais l’être humain est resté le même, et le décalage entre les deux est devenu insupportable. En fait, on a toutes les possibilités, mais comme des gosses jouant avec des allumettes, on est incapable d’en faire bon usage. »

Liens : Article ZHEST sur RTL ou sur Lemonde.fr ou sur science.gouv.fr

Publicités
Cet article, publié dans Banalités, CO2 & Co, Tourisme et co, Transport, est tagué , , , , , , , , , , , , , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s