Mégaprojet au centre ville : pour une fois je suis d’accord avec Fifils

C’est tellement rare pour que çà mérite d’être dit : je suis plutôt en accord avec le maire concernant son projet pour un centre commercial/habitations/services au centre ville sur l’emplacement actuel de la station taxi. (Article LNC.nc) Incroyable ! Mais pourquoi ? comment ?

C’est donc à mon sens une bonne initiative du Maire. Et pourtant çà me coûte de le dire… car je suis vraiment atterré qu’on ait toujours pour premier élu municipal un tel vieux crouton, qui n’a jamais brillé par le passé pour ses capacités de visionnaire, et qui a fait de Nouméa une Ville-Bagnole, sans trottoirs, avec un réseau de Bus bancal et sans vie de quartiers, globalement moche avec un certain nombres de verrues urbanistiques que l’on mettra des décennies à effacer. Mais je suppose que les électeurs sont autant à blâmer que les élus qu’ils ont choisis pour être représentés.

Enfin bref, ce que je trouve de bien pour une fois dans ce projet du centre ville, c’est que l’on s’intéresse enfin un peu à la densification du tissu urbain du centre car jusqu’à présent Nouméa (et le Grand Nouméa) a plutôt souffert d’un étalement urbain débridé dont les dégâts sont aujourd’hui très visibles :

  • Multiplication des distances domicile-travail,
  • Augmentation de la nécessité de recours à la voiture et embouteillages associés,
  • Augmentation exponentielle des dépenses de la collectivité pour les voiries et réseaux,
  • Massacre des paysages périurbains (remblayage de mangrove, décapitation de collines et de forêt sèche),
  • Création de villes dortoirs sous-dotées en matière de services (ex : Savannah),

Et donc tout cela s’est traduit au final par des surcoûts importants : énergétiques, économiques, sociaux et environnementaux.

Multiplier les fonctions pour un même espace au sol

Cette fois donc il s’agit d’un projet à contre pied de cette tendance où l’on arrive à valoriser 67 ares en plein centre ville, qui ne sont dédiés pour le moment qu’à un parking et des pissotières sauvages qui ne manquent pas d’agresser les naseaux de nos pauvres touristes pokens trop vite égarés.

Donc selon les promesses de la mairie, sur ces 67 ares, on arrivera donc à mélanger plusieurs fonctionnalités : bureaux, commerces, logements, services publics, parkings, lieux d’expositions, salle de spectacle, crèche… J’espère vraiment que cet esprit sera conservé. Par l’intégration de ces différentes fonctions dans un même lieu je suis convaincu que l’on peut ramener un peu de vie et de l’activité « urbaine » dans Nouméa.

Il faudra toutefois rester vigilant, car entre l’idée sur le papier et le bâtiment final livré par les promoteurs, tout peut basculer d’une réussite lumineuse à un désastre le plus total. En effet, l’avidité aveugle des promoteurs et la médiocrité lamentable des architectes locaux sont également pour une grande part dans le naufrage urbanistique de Nouméa. Ces mêmes architectes là qui chiffrent au début des projets à 400 millions, et qui rapidement s’envolent à 800 millions, pour des locaux mal adaptés, dispendieux en énergie, et objectivement moches, car ces gens là sont le plus souvent davantage préoccupés à lustrer leur BMW et leur Rolex qu’à s’intéresser au cœur de leur métier qui est la recherche de qualité architecturale. Enfin bref à ce niveau « on fait avec ce qu’on a sur le territoire », mais ce n’est pas vraiment glorieux…

Je pense de manière générale qu’il faut systématiquement mettre en compétition les maîtres d’œuvre dans le cadre de ces projets, et demander des garanties de résultat contractuelles, avec des pénalités financières en cas de raté, qu’ils assument eux-mêmes leurs erreurs, çà me paraît être le minimum.

Un bâtiment réussi = un bâtiment intégré = un bâtiment écolo.

On l’oublie souvent, mais faire un bâtiment bien conçu, c’est faire un bâtiment avec du BON SENS. C’est-à-dire penser pragmatiquement et insérer correctement l’édifice dans son environnement HUMAIN et son environnement NATUREL.

L’article des Nouvelles ne le précise pas, la mairie non plus, alors je m’interroge ce bâtiment sera-t-il éco-responsable ?

Je me permets de croire qu’ils y ont peut être songé dans un éclair de lucidité inhabituel, mais dans le doute je vais quand même essayer de les aider un peu en leur soufflant quelques principes qui pourraient faire de ce projet quelque chose de décent, SANS COUTER PLUS CHER, enfin tout du moins en coût global calculé sur la durée de vie du bâtiment, en intégrant les coûts de fonctionnement et de maintenance :

  • Mettre des protections solaires suffisantes aux façades vitrées pour éviter d’utiliser la climatisation à fond.
  • Penser à la ventilation naturelle
  • Éclairage aux LED pour tous les locaux (plus cher à l’investissement initial mais plus rentable que le conventionnel sur la durée).
  • Prévoir des équipements économes en énergie dans le cahier des charges.
  • Installer des chauffes eaux solaires et photovoltaïques, ou au moins, prévoir sur la toiture des supports pour des panneaux solaires, et pourquoi pas du micro-éolien.
  • Réutiliser les eaux usées du bâtiment, après traitement, pour l’arrosage des espaces verts de la place des cocotiers.
  • Intégrer une vraie circulation piétonne au rez-de-chaussée, intégrant des trottoirs spacieux et des espaces ouverts, avec de la végétation autant que possible.
  • Végétaliser autant que possible toitures et façades (améliore notamment le confort thermique et diminue la pollution automobile)
  • Rendre les logements plus compatibles avec le mode de vie des calédoniens : prévoir de grandes terrasses, une bonne illumination, des grandes jardinières et des coûts de vente ou location adaptés aux jeunes ménages. (pas des cages à lapin, et autres  pompes à défisc, du style des tours du pacifique arcade).
  • Prévoir des places de parking réservées aux véhicules propres et vélos.
  • Intégrer un maximum de bois local dans la construction, au moins au niveau des étages supérieurs et des cloisons non porteuses. Nota : les tours 100% bois çà existe aussi !
  • … bref une longue liste qu’il est possible de continuer dans la logique de sobriété des consommations d’eau et d’énergie, de qualité environnementale des matériaux, d’accessibilité, de fonctionnalité et de cohérence avec le tissu urbain environnant.

Voilà pourquoi une vrai ambition environnementale ne leur ferait pas de mal, bien au contraire, cela obligerai les promoteurs et les architectes à se poser les bonnes questions avant de faire n’importe quoi.

Enfin, s’il y a un jury de sélection des projets, j’espère bien qu’il ne sera pas composé que des élus gâteux ou mafieux, mais aussi d’experts reconnus et d’architectes indépendants qui viennent de l’extérieur, car les locaux, décideurs ou techniciens, ont pour la plupart depuis longtemps le jugement faussé par un siècle de grand n’importe quoi et de course à la défisc.

Attention encore : tractations foncières et financières à la limite du couillonage

Enfin indépendamment des bonnes idées qui ont prévalu à la naissance de ce projet, je partage par ailleurs de scepticisme de certains quant aux aspects fonciers et financiers assez troubles entre promoteurs et pouvoirs publics sur cette affaire.

Et je cède pour finir à la tentation vulgaire du copier-coller pour mettre l’accent sur un commentaire d’un certain « Hans » apparu sur LNC.nc, au discours très instructif sur ce sujet :

« Bonjour,
Voici une réponse à #13, qui s’étonne de ne pas trouver de commentaire positif sur ce « méga »-projet, qui va mêler des intérêts privés et des fonds publics :
Chat échaudé craint l’eau froide !
En 2006, la chambre des comptes (ministère du budget) avait pondu un rapport sur les opérations foncières et immobilières de la commune entre 1995 et 2005.
C’est court (31 pages), facile à lire et instructif.
Sans lui manquer de respect, l’empreinte historique de Jean Lèques se trouve là.
En plus, cette trace se voit de partout dans le monde, puisque le rapport se télécharge gratuitement sur :
ccomptes.fr/…/…

Pour les élus qui débutent, c’est un parfait mode d’emploi pour :
1. Vendre des terrains publics à prix trop bas, comme avec celui de l’ancienne CPS (page 29 du rapport).
2. Acheter des terrains privés trop cher, comme cela s’est fait lors de la réhabilitation de la Vallée du Tir (p.24)
3. Faire réaliser plein d’études, quitte à les payer deux fois, puis ne pas s’en servir… Et recommencer, les anciennes études étant dépassées, comme pour la ZAC Ferry (p. 25).
Tout cela dans le cadre d’une inter-action entre fonds publics et intérêts privés.
4. Les plus anciens se souviennent de la vente de terrains communaux, pour le golf de Tina. La ville les avait cédées 50 000 CFP / are. Des promoteurs les ont ensuite revendus entre 750 000 et 1 million CFP / are.
C’est écrit noir sur blanc dans le rapport « SEM Tina-sur-Mer », en téléchargement gratuit sur :
ccomptes.fr/…/…
Certes, M.Lèques a été réélu largement plusieurs fois.
Certes, il ne commandait pas totalement dans sa propre mairie, avant 2004. Mais alors, comment être sûr qu’il le fait aujourd’hui ?
Cette fois, on nous explique que l’un des derniers espaces libres du centre-ville ne sera pas un équipement public.
Non : il va être mis à la disposition de promoteurs, sans même qu’ils aient à l’acheter.
Mais pas de souci les copains : ils auront plein de contraintes, attention.
Et cette fois, le conseil municipal saura se montrer… inflexible…intraitable…et résistera aux pressions.
C’est peut-être vrai, mais je pense, au contraire de #13, que la méfiance et le cynisme des commentateurs précédents est un signe de bonne santé mentale.
Ces gens là n’ont pas encore la maladie d’Alzheimer !
Bonne continuation. »

Autres lectures que je vous recommande :

« Densité, compacité et hauteur: le bal des confusions dans le Grand Nouméa ? » http://villes.blog.lemonde.fr/2010/06/06/densite-compacite-et-hauteur-petit-tour-au-bal-des-confusions-dans-le-grand-noumea/

« Nouméa la moche » http://www.tomvarennes.com/?p=1277

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Un commentaire pour Mégaprojet au centre ville : pour une fois je suis d’accord avec Fifils

  1. ecolagon dit :

    Ouaip, pourquoi pas.
    On peut rêver. Quelle sera l’étude notariale Le cabinet Fifils and co ?
    Et si on plaçait au rez de chaussée des vraies toilettes publiques, entretenues et sécurisées ?

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