Sale temps pour l’environnement en Nouvelle Calédonie…

Les faits : les loups en liberté dans la bergerie

Avec l’affaire du groupe minier Géovic, à qui nos tristes clowns politiques ont accordé un incroyable laissez-passer pour saccager le lagon, nous assistons à un nouveau scandale directement dû au « relâchement » coupable de l’attention politique sur les questions environnementales.Sommes nous en train de vivre le début d’une nouvelle ère calédonienne de l’irresponsabilité politique envers l’écologie et l’environnement ?

Extrait de l’article sur lnc.nc : « Pour obtenir ses permis, Géovic a dû soumettre son projet au comité consultatif des mines, présidé par la Nouvelle-Calédonie. En octobre, cette instance avait donné un avis défavorable, avec 5 voix réservées ou contre (sur 7). Parmi les opposants, il y avait le président du gouvernement, Philippe Gomès, et le haussaire, Yves Dassonville. Tous deux s’étaient inquiétés des conséquences sur les zones naturelles concernées, dont une partie est protégée. Mais le conseil provincial des mines n’a pas écouté cet avis, et a autorisé 19 permis sur les 24 demandés. »

Cette affaire Geovic est loin d’être terminée, il va y avoir de nombreux rebondissements quand l’opinion publique va se rendre compte de ses propres yeux des ravages que va causer cette exploitation, devant chez vous, dans les baies abritées de toute la Nouvelle Calédonie. En attendant je vous encourage à signer la pétition :

Non à l’exploitation du chrome détritique !

çà avait pourtant pas trop mal commencé

Ces dernières années on avait assisté à des avancées intéressantes dans le domaine des politiques environnementales, çà n’a pas été une révolution mais le retard abyssal a été -un peu- rattrapé : création d’une réglementation de l’environnement province Nord et Sud, récif inscrit à au patrimoine mondial de l’humanité, les déchets qui commencent (en partie) à être traités correctement… De maigres progrès, car beaucoup de communication dans tout çà, mais quelques actions quand même, c’est déjà çà !

Mais voilà que depuis peu des signaux très préoccupants se font jour, sommes nous en train d’entrer en régression ? Les menaces contre l’environnement se font toujours plus graves tandis que l’on assiste à une puissante entreprise de sabotage des politiques environnementales par des intérêts obscurs de quelques groupes de personnes, au discours souvent hypocrite, peu enclins à considérer que notre nature est un bien public précieux.

« L’environnement çà commence à bien faire »

Cette fameuse phrase du sarko-président national prononcée lors du dernier salon de l’agriculture, pourrait semble-t-il être reprise à leur compte par nos politiques actuels, en témoigne l’étonnante entreprise de déstructuration de l’administration a laquelle on a assisté lors d’une récente assemblée de province. Restructuration qualifiée par certains « d’entreprise de démembrement progressif des attributions », si c’est le cas, c’est très grave : ainsi, il a été créé un code de l’environnement, mais on supprime les moyens de l’appliquer, bref le message est : « faites comme si cette réglementation n’existait pas ! »

Chers industriels, polluez et pillez tranquilles notre nature ! Chers délinquants jetez vos batteries dans le lagon ! Chers promoteurs immobiliers sans scrupules : défrichez nos forêts, explosez nos récifs pour installer vos hôtels défiscalisés, et surtout : dormez tranquilles ! Vous ne serez pas inquiétés par l’administration qui n’aura plus les moyens de gérer la situation. (voir article LNC)

Le diable est dans les détails

Et cette fameuse assemblée de province a également montré d’autres signes d’une volonté d’affaiblir les moyens de protection de l’environnement car des textes discrets sont aussi passés à ce moment là et représentent une régression notable de la situation :

Par exemple le texte « Simplification de l’autorisation ICPE », traduit en langage du commun des mortels : pour certaines activités pouvant impacter l’environnement, il n’est à présent plus obligatoire d’obtenir une autorisation… seuls des contrôles pourront avoir lieu, au bon vouloir de l’administration et de ses capacités à gérer… vous savez, cette même administration que l’on vient d’affaiblir par un «démembrement progressif des attributions ».

Voilà, maintenant si vous êtes garagiste à Ducos, réjouissez-vous ! Personne ne viendra vous embêter si vous vidangez les huiles moteur direct dans le caniveau ! Certes ce n’est pas légal, mais de toute façon, ils n’ont plus les moyens de contrôler alors… Tout çà partira dans la baie de Tindu et dans la grande rade au final, les métaux lourds contenus dans les huiles de vidange seront avalés par les poissons, mulets et autres, qui se retrouverons sur l’étal au Marché de Nouméa le Samedi. Bon appétit tout le monde ! Si vous avez des problèmes de santé un jour, faites une analyse du taux de métaux dans votre sang à tout hasard…

Une idéologie rétrograde

Concrètement procédons à une brève analyse du discours et de l’idéologie des politiques arriérés et autres cercles d’affaires au pouvoir actuellement et qui prônent ce retour en arrière, voici quelques phrases qui résument bien leur état d’esprit :

•    « Protéger la nature c’est cher et çà freine le développement économique »

Cette mise en opposition entre nature et développement est un grand classique du 19eme et 20eme siècle. On a longtemps voulu nous faire croire que le seul développement possible est celui qui se fait au détriment de la nature. Et que selon une logique primaire, protéger la nature reviendrait à diminuer le développement économique. Hors il existe une quantité d’expérience à travers le monde qui contredisent cela, et montrent que l’on peut construire une croissance économique sur des modèles alternatifs. Et souvent ce qui est observé est que cette croissance « verte » permet non seulement de créer de la richesse, mais est aussi plus riche en emplois que les filières économiques classiques. Pour ne citer qu’un exemple : les énergies renouvelables, produire 1 MW d’électricité avec le vent ou le soleil produit plus d’emploi que s’il était produit à partir de Charbon. C’est notamment ce pari de l’intelligence qui vient d’être fait par la chancelière Allemande Angela Merkel qui a annoncé l’arrêt programmé du nucléaire dans son pays et un effort national pour les énergies renouvelable : elle a compris qu’au lieu de dépenser de l’argent pour acheter de l’uranium, il valait mieux le dépenser pour payer des ingénieurs allemand et favoriser des moyennes entreprises pour construire des éoliennes et des panneaux solaires : bilan gagnant-gagnant au final pour l’Allemagne.

•    « Les protecteurs de l’environnement sont des Ayatollahs »

Cette phrase souvent entendue, cherchant à mettre dans le même sac terroristes criminels et défenseurs de l’environnement, est l’équivalent politique du « point godwin » bien connu des aficionados des forums de discussion sur internet. C’est un procédé assez déplorable et risible, une preuve de plus s’il en était besoin d’une grande misère intellectuelle de la part de ceux qui tiennent ces propos. Car l’écologie ce n’est pas une religion dogmatique, c’est au départ une science qui étudie les relations entre les êtres vivants et leur environnement, et ensuite au sens politique c’est une perception pragmatique et réaliste des enjeux actuels de notre société prenant en compte les enseignements du passé et favorisant une vision progressiste et nouvelle du modèle de développement de nos sociétés basé sur un plus grand respect de l’homme, replacé au centre des solutions et placé comme un élément lié à son environnement (et non en opposition avec celui-ci).

•    « L’état de l’environnement est moins mauvais qu’il n’y parait »

Tous les indicateurs environnementaux sont au rouge ! Cette allégation est une tentative de désinformation assez classique.

•    « Il n’y a que le Nickel et le Tourisme pour développer la Calédonie »

C’est un grand malheur pour la Calédonie que ce sempiternel crédo du développement économique par la seule voie du Nickel ou du Tourisme. Le tourisme est une impasse, ce n’est plus à prouver, maintenir le contraire relève du déni pathologique : la destination Tahiti a sombré, le Vanuatu suit. Le Nickel nous rend dépendant de la conjoncture mondiale, dont les projections sont loin d’être roses. La majorité des capitaux investis repartirons à l’étranger en fin de compte, si nous n’y prenons pas garde il ne nous restera au final à léguer à nos enfants que des trous dans les montagnes et des cimetières de 4×4. Cette idéologie du tout Nickel est néfaste et nous empêche de créer des relais de croissance efficaces.

Je manque de temps et de courage pour développer ici complètement le  thème des abus de cette pensée réactionnaire du moment qui entrave la transition vers une économie assainie et renforcée, basée sur une croissances endogène du territoire.

Donc au final, cette triste bande de fossoyeurs de l’environnement se trouve actuellement semble t-il avec les coudées franches pour impulser un nouveau cycle du « développement » et du « progrès » façon grand papy, à coup de charbon, de béton « parce de toute façon on ne sait pas faire autrement ». On ne peut ainsi que constater que le manque cruel de créativité de nos dirigeants de ce côté là.

Consommez, consommez citoyens… on s’occupe de tout !

Sûrs de leur bon droit, suffisants et vaniteux, assis sur leur croyances surgies du fond des âges, ils nous préparent une Nouvelle Calédonie avec des lendemains qui déchantent : creusement des inégalités sociales, appauvrissement culturel et naufrage environnemental.

Sale temps donc pour l’environnement en Calédonie.

J’espère vraiment pour nous tous que le vent va tourner.

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Un commentaire pour Sale temps pour l’environnement en Nouvelle Calédonie…

  1. Ecolagon dit :

    Bonjour
    Bel article une fois de plus…
    Je rajouterai juste un autre point sur le Nickel : A investir ( et defiscaliser ) massivement dans l’exploitation du Nickel, la NC risque de plus en plus le syndrome hollandais ( La maladie hollandaise (ou mal hollandais, ou malaise hollandais, ou syndrome hollandais) est un phénomène économique qui relie exploitation de ressources naturelles et déclin de l’industrie manufacturière locale.
    Inspiré du cas des Pays-Bas des années 1960, le terme maladie hollandaise est utilisé par extension pour désigner les conséquences nuisibles provoquées par une augmentation significative des exportations de ressources naturelles par un pays.)

    En gros si on met tous les oeufs dans le même panier, on flingue l’économie locale. Et en cas de chute des cours du nickel, on est de plus en plus vulnérable.

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