Accident nucléaire ! Et après ? Quelques réflexions sur les alternatives énergétiques

Avant tout d’abord une pensée pour nos amis japonais qui vivent un vrai cauchemar, digne d’un mauvais film catastrophe. Je pense par exemple à ces travailleurs des centrales nucléaires en difficultés, qui à l’heure où j’écris ces lignes sont dans un état de stress insoutenable.

Imaginez-vous : Le choc traumatique d’un tremblement de terre suivi du tsunami, certains y ont perdu leur famille et malgré cela ils doivent gérer l’urgence d’une situation quasi-incontrôlable, ingénieurs et techniciens, suant derrière leurs combinaisons étanches et leurs masques, avec le risque que la cocote minute explose, avec eux dedans… Des articles sur le web rapportent des évanouissements de personnels qui sont sur site depuis trois jours déjà.

Il faut reconnaître et saluer le courage et le stoïcisme des Japonais face à ce drame. Mais je ne vais pas en rajouter d’avantage à ce sujet, internet et les médias explosent d’infos et d’images sur cette situation.

Mon propos est plutôt de prendre un peu de recul pour examiner les implications de la crise de confiance dans cette technologie.

Nucléaire contesté ? Mais on remplace cette énergie par quoi ?

Le choix du Nucléaire a été fait « faute de mieux » : Le charbon et le pétrole polluent l’air et réchauffent la planète. Le Nucléaire représente un danger sanitaire en laissant des déchets presque ingérables pour des milliers d’années. Et pendant ce temps la croissance mondiale demande toujours plus d’énergie…

La réduction de la consommation énergétique est à l’heure actuelle la première solution efficace et peu coûteuse à court terme.

Il faut maîtriser nos dépenses, réduire l’intensité énergétique de notre modèle de fonctionnement : consommer moins de Kwh par point de PIB.

Et si débrancher vos appareils en veille, ou ce genre de « petits gestes », peut éventuellement servir à quelque chose, la solution viendra pour la plus grande partie des politiques, de leur programme en la matière et de leur manière de l’appliquer (votre bulletin de vote, vous vous rappelez ?).

Et les énergies renouvelables bien sûr, doivent prendre un véritable envol pour constituer, non plus l’exception, mais la règle.  Mais ce développement rencontre de sérieux obstacles, indépendants de la rentabilité intrinsèque de ces filières, c’est le problème du lobby nucléaire.

Protection douteuse des intérêts des industriels du Nucléaire.

S’il y avait un éventuel effet « positif » à attendre de cette catastrophe, c’est que le lobby du nucléaire va être affaibli. Ces puissances industrielles par leurs moyens économiques ont exercé une puissance très forte sur les politiques pour soutenir leurs intérêts, au détriment des investissements dans les alternatives renouvelables.

« Sur l’ensemble des subventions accordées en France, malgré le fait que le nucléaire ne représente que 38% de la consommation, il demeure souvent le principal bénéficiaire, monopolisant jusqu’à 90% des budgets de recherche, contre 1% à 2% seulement pour les énergies renouvelables » source.

Exemple de l’EPR, réacteur nucléaire de nouvelle génération, qualifié de « désastre industriel et  financier majeur » par L’association Sortir du nucléaire (collectif de 879 associations) : « La déroute de l’EPR confirme l’impasse économique et énergétique que représente la filière nucléaire. » « Il est démontré qu’à investissement égal, les économies d’énergie et les énergies renouvelables génèrent 15 fois plus d’emplois et deux fois plus d’électricité que l’EPR ». « Au total, ce sont donc déjà 5 milliards d’euros de surcoût qui seront à la charge des contribuables français » Source.

Comment expliquer un tel volontarisme politique en faveur du nucléaire si ce n’est par la proximité entre le monde de l’industrie, l’argent et les politiques ? Pourquoi n’y a-t-il pas le même engagement pour les énergies renouvelables ? Un article du Monde.fr est paru sur ce problème du lobby Nucléaire.

Le discours de la patronne d’Areva à la TV a été particulièrement édifiant : elle relativise la gravité de l’accident de Fukushima et ses implications tandis qu’au même moment elle fait évacuer ses employés du Japon…  et pour nous expliquer qu’en France, pas de soucis, on a prévu tous les risques, sans mentionner 2 incidents dans les années passées. Bref… un discours inaudible. Qui pour la croire encore ?

Efficacité énergétique + réduction des consommations + énergies renouvelables = solution !

S’affranchir progressivement des énergies fossiles (pétrole, charbon et uranium). Oui, c’est possible, et en plus çà créé de l’activité et des emplois.

Ceux qui s’accrochent aux énergies fossiles agitent en permanence le spectre de la pénurie : «consommons parce que c’est moins cher et tant qu’il y en a il faut en profiter, et après… on verra bien»…

C’est en gros la logique de la bactérie qui colonise son milieu, elle se multiplie,  consomme, et la colonie finit par mourir quand il n’y a plus de ressource nutritives dans son environnement ou bien alors tuée par les produits toxiques issus de son propre métabolisme.

Bref, nos sociétés ne sont pour l’instant pas plus intelligentes qu’une grosse colonie de bactérie. Pas très glorieux comme situation pour une espèce soi-disant au top de l’évolution et qui fait son malin avec son pouce opposable et son cortex développé !

On voit bien que cette voie est sans issue.

La crise de confiance que traverse l’industrie nucléaire va je l’espère donner un nouveau souffle aux investissements de recherche et développement dans les énergies renouvelables.

Car le gouvernement français viens récemment de faire deux pas en arrière récemment en classant le nucléaire parmi les énergies à favoriser dans le cadre de la lutte contre le réchauffement climatique tout en diminuant sont soutien aux filières de l’éolien et du photovoltaïque.

Une autre logique industrielle.

Sortir du nucléaire ne pourra se faire demain matin, cela prendra du temps, et doit être fait de manière progressive, mais au final c’est tout à fait possible, il faut engager ce processus.

Le Nucléaire c’est la logique industrielle « lourde » et « classique ». De gros projets, de gros investissements, une problématique technologique « pure ». Alors que dans le cas des énergies renouvelables, il s’agit de problématiques complexes mêlant technologie, aménagement du territoire, complémentarités des sources d’approvisionnement.

En (très) simplifié : pour produire 1 000 MW avec du nucléaire, on pose une centrale et on branche la prise et « c’est tout ». Les problèmes sont délocalisés : approvisionnement en Uranium qui entretient des régimes corrompus dans les pays pauvres, déchets que l’on exporte en catimini vers des destinations aléatoires. Suffit de rentrer ces coûts annexes dans « le bizness plan » sous la rubrique « pertes et profits divers » et puis voilà.

Par contre en renouvelable, si on fait 1 000 MW en faisant par exemple un seul parc éolien alors problème : la production est plutôt irrégulière, le gestionnaire du réseau fait la gueule. Donc pour arriver à un certain contrôle de la production, on est obligé de mélanger les énergies (éolien, soleil, hydroélectricité, géothermie, houlomotricité) et de les répartir sur notre territoire : problématique foncière, de gestion du réseau électrique, du stockage de l’énergie etc… ce n’est pas impossible à faire, cela se fait déjà dans de nombreux endroits, mais cela nécessite une meilleure organisation et une meilleure coordination entre des acteurs plus nombreux. Des investissements parfois plus coûteux par KWh produit, mais il faut rajouter aussi dans la balance plus d’emplois et une vraie garantie pour les générations futures.

Bref : Le « 100% » renouvelable c’est tout à fait possible techniquement, c’est juste que la bande d’ingénieurs et polytechniciens des énergies, les industriels ainsi que les politiques doivent se « sortir les doigts du c.. » (pardon çà m’a échappé) pour mettre en place une autre logique industrielle en réseau, adaptée aux territoires sur lesquels il faudra la développer.

Mettre un peu de créativité et de volontarisme dans ce monde de brutes épaisses, voilà le programme pour sortir de la mouise.

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Un commentaire pour Accident nucléaire ! Et après ? Quelques réflexions sur les alternatives énergétiques

  1. clark dit :

    Je pense qu’il faut surtout se retirer de l’idée que faire mieux coûte moins cher.

    Mettre en place des énergies nouvelles a un coût, qui est compensé par la disparition des risques.

    Si on demandait aujourd’hui aux japonais de dépenser l’argent nécessaire à l’installation d’une puissance équivalente à Fukushima en énergies nouvelles, en échange de la disparition instantanée du danger nucléaire, paieraient-ils? oui je pense.
    Seulement on ne peut pas garantir la disparition du danger. la seule façon de se parer de ce danger est la dénucléarisation. Il aurait mieux valu ne rien construire de tel mais c’est fait. Autant même utiliser cette énergie pour créer les structures qui nous permettront de nous en passer.

    Il faut se retirer de l’idée qu’installer des énergies nouvelle fera gagner de l’argent, que ce n’est pas le but. Il faut payer le prix, et ne pas espérer revendre du courant.

    Le jour où le réseau chute, ceux qui ont des capacités à produire localement peuvent continuer à vivre normalement. C’est une véritable avancée. Le luxe ultime.

    La qualité de la vie n’a pas de prix. Les énergies nouvelles sont un vrai progrès, pas une régression.

    Il n’est pas question de consommer moins d’énergie , au prix d’un confort spartiate: non: on peut développer une façon de vivre très confortable, sans impact majeur sur l’environnement, et pleine d’innovation…

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