Quinze ans pour changer la Nouvelle Calédonie : s’effondrer ou s’adapter (Episode 2)

En Nouvelle Calédonie, la crise mondiale des énergies fossiles,  ne mobilise toujours pas, cf. Episode 1. Si l’on continue sur la voie actuelle, sans changer nos habitudes, sans prévoir ce qu’il va se passer pour commencer à nous adapter dès aujourd’hui, quel sera le quotidien d’un calédonien dans 5 ans ? dans 15 ans ? ou plus…

Loin d’un catastrophisme de prophète des derniers jours, et pour bien commencer 2011 je vous propose un petit exercice d’anticipation, réaliste et mesuré autant que possible, et qui malgré tout risque de chambouler un peu votre vision du futur, de votre entreprise, vos projets d’achat de maison, votre plan retraite, les études de vos enfants…

La question aujourd’hui n’est plus de savoir si l’on va connaître une vie sans pétrole, la question c’est « quand » ? et « que va-t’il se passer alors? »

Malheureusement, notre économie et notre système de société est basé en grande partie sur le pétrole. On ne sait tout simplement pas s’en passer, pour vous donner une idée, en plus de remplir le réservoir de votre voiture,  voilà les quantités de pétrole qui sont utilisées pour créer :

Mon ordinateur : 612 litres
Mon jus d’orange : 2,5 grammes
Mon gobelet : 3,2 grammes
Mon yaourt : 6 grammes
1kg de viande bœuf : 7 litres,
Les pneus d’une voiture : 27×4 = 108 litres

Et le pétrole entre aussi dans la composition : du goudron des routes, des médicaments, plastiques, colles, pesticides, textiles, crayons de couleur, peinture, parfums… etc

Il faudrait donc une véritable « révolution des consciences » pour que tout le monde décide d’un seul coup de changer de voie et de concevoir une société libérée de cette dépendance… permettez moi de douter un peu que cela ne se produise tout de suite…

On peut donc envisager sans trop se tromper que l’on s’engage dans un scénario tendanciel qui suppose que la consommation va continuer d’augmenter avec la croissance et la démographie.

A partir de quand faut-il s’inquiéter ?

Réponse : dès maintenant !

On voit bien sur cette courbe que 2010 est plus ou moins la porte d’entrée dans l’ère du pétrole « peu disponible ». Les prix vont augmenter progressivement. L’agence internationale de l’énergie indique une fourchette de prix du baril entre 100$ et 180$ dès 2015 (contre plus de 90$ aujourd’hui), mais certaines sources critiquent ces prévisions et indiquent plutôt un risque d’augmentation beaucoup plus marqué à court terme.

En gros j’imagine que le timing pourrait ressembler à çà (avec une bonne marge d’erreur, entre 5 et 10 ans) :

  • 2010 : laisse taleur, « on verra plus tard »
  • 2015 : prix élevés, premiers impacts économiques sérieux, premières alertes sociales,
  • 2025 : Stress important, instabilités diverses sociales et économiques, crises alimentaires, crises politiques
  • 2040 : Re-localisation en profondeur des économies, renaissance de la ruralité, renforcement des nationalismes,
  • 2050 : Nouvelle donne géo-politique, sociétés nouvelles
  • 2060 : …. et plein d’autres choses imaginables ? çà va être fun :)

De nombreux facteurs sont aussi à prendre en compte à moyen terme: les crises sur les marchés financiers dû au stress sur la ressources, des contre-coups sur l’économie réelle, etc… Notre système est particulièrement fragile, les crises récentes l’ont montré, et il y a fort à parier que cette augmentation des prix s’accompagnera de crises diverses, bien avant que la ressource ne soit totalement épuisée.

Transport : retour du local et des voies maritimes.

La crise pétrolière devrait porter un rude coup à la mondialisation, principale victime : l’avion. Totalement dépendant du kérosène, le transport aérien va redevenir, comme à ses débuts, un moyen de transport rare et cher réservé à quelques privilégiés. Conséquence : le tourisme de masse va disparaître. Donc ne vous fatiguez pas à faire de grandes structures hôtelières… il risque fort de n’y avoir personne pour les occuper dans 5 ou 10 ans.

Le transport maritime sera sans doute moins touché puisqu’un cargo consomme très peu de fioul et que, dans le pire des cas, on peut faire tourner une turbine au charbon. Reste que cela augmentera quand même le prix des produits importés par mer, donc à peu près tout ce que l’on trouve dans nos supermarché…

Urbanisme : repenser la ville pour plus de proximité, renaissance du monde rural

Déplacements courts, entre habitations, travail, services etc… La bonne nouvelle ? : fini les bouchons aux entrées et sorties de Nouméa ! La mauvaise nouvelle ? : rien n’est prévu à l’heure actuelle en matières d’alternative crédible à la voiture. Transports en commun insuffisants, modes de transports doux (vélo etc) presque inexistants. Le chemin est long pour réorganiser la mobilité. La voiture électrique ne sera pas une alternative de masse, elle ne pourra répondre qu’à une partie des besoins, sans compter les coûts, les réseaux à mettre en place etc… Pareil pour les agrocarburant qui n’auront qu’une diffusion limitée. Sur les îles du pacifique, la source la plus intéressante serait l’huile de coco, à condition de disposer encore de vieux modèles de moteur diesel (les nouveaux modèles ne supportent pas). C’est à ce moment là que l’existence éventuelle d’une voie de chemin de fer (électrique) Nouméa Koné aurait toute son utilité pour le développement et la cohésion de la Nouvelle Calédonie.

Que ce soit pour le quotidien ou les trajets exceptionnels, dans tous les cas le rapport des gens au déplacement va changer, fini la vitesse et les longues distances…  Ce qui va bien marcher par contre, c’est le co-voiturage, commencez dès maintenant à vous habituer à cette adresse.

Économie : crise, re-localisation et fin du nickel.

Autant vous dire tout de suite, la bouteille de pinard qui a voyagé 22 000 km va valoir très cher même si ce n’est que de la piquette. Tout ce qui est produit localement va prendre de la valeur, ce qui va profiter en premier lieu à l’agriculture. Les zones rurales à proximité des zones urbaines vont profiter de cette demande en produits alimentaires de base, une grande partie des gens au chômage vont devoir se mettre à cultiver. Il risque d’y avoir beaucoup de pressions sur le foncier cultivable. Mais la brousse va renaitre, ainsi que le développement des micro économies type « village ».

Le Nickel n’est plus le moteur économique du territoire. Bien sûr il en reste dans les montagnes, mais la croissance mondiale part en vrille, la demande en Nickel chute rapidement et les prix aussi : plans de licenciement, arrêt d’activité etc… Fermeture des centrales à charbons. Le barrage de Yaté alimentera en grande partie la distribution publique d’électricité. Bonne nouvelle, c’est du 100% renouvelable.

Climat social : l’incertitude.

Va t’il naitre de cette situation, une guerre civile ou nouveau projet de société ? Cela dépend de vous… Le pire peut toujours arriver, comme le meilleur,  cette fin progressive, ou bien brutale du pétrole, n’est pas une mauvaise chose en soi. La société existera toujours, mais elle sera très différente.

La culture et l’éducation sont les deux outils qui permettront de construire les bases d’une nouvelle organisation. Le rapport des gens au temps, aux distances, va changer, mais également le rapport aux autres, les modes de gouvernance… la proximité et les difficultés initiales entraineront la nécessité accrue de solidarité entre les personnes.

Mais ce n’est peut être pas une tendance locale :

Roux, 1981 (Nouméa, faits de population, Atlas de la Nouvelle-Calédonie et dépendances, ORSTOM) :

« (…) l’hétérogénéité sociale et les clivages culturels qui caractérisent la société calédonienne à partir de 1864 (début du pénitentiaire) ont pu se traduire par un besoin affirmé de marquer ses distances avec « les gens d’en face » et le goût – d’autant plus prononcé qu’il répondait chez beaucoup à une satisfaction récente – de s’affirmer comme « propriétaire ».

Roux caractérise ainsi un individualisme calédonien exacerbé et entretenu par les exemples australiens et américains (lors de la deuxième guerre mondiale) qui rend difficile la création d’espace public au singulier comme au pluriel.  » passage gentiment chipé sur le site de pensées urbaines (qui a repris son activité – youpi !)

Voilà, alors si vous êtes du genre pessimiste et  que vous  aimez vous faire des films catastrophe façon Hollywood çà peut aussi se terminer à la « Mad max » :) souvenirs :

Un peu glauque quand même… je préfère rester optimiste.

Dans tous les cas ces exercices de prospective sont très compliqués, il est  possible d’imaginer un grand nombre de scénarios. Mais les tendances générales sont connues, et l’on se rapproche doucement mais sûrement du moment où cette dépendance au pétrole occupera le centre des débats et de la vie politique des pays et de la Nouvelle Calédonie. Saviez-vous que presque la totalité du pétrole de la NC vient de Singapour et qu’il y a très peu d’autres alternatives dans la zone ? que se passerait-il si ce fournisseur venait à fermer les vannes du jour au lendemain ?

Ha ! Et j’ai failli oublier… rajoutez quelques degrés au thermomètre et relevez le niveau de la mer d’un bon mètre, voire deux, pour pimenter le tout…

Dans un prochain épisode (3), on essaiera de voir ce que l’on peut faire dès maintenant ! Ce sera pour les bonnes résolutions de l’année 2011 :)

Et en prime la TBI (très bonne idée) pour 2001 : l’Initiative Colibri.

Bonne année à tous (quand même).

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