Hotel de Gouaro Deva : l’alibi écologique ne tient pas

On nous ressort un projet touristique monumental à l’heure où les statistiques du tourisme restent désespérément mauvaises. Contre tout bon sens nos décideurs persistent dans l’absurde, et pour tenter de faire avaler la pillule amère ils essaient de faire passer l’argument du « projet respectueux de l’environnement ». L’alibi ne tient pas la route, explications :

Destruction de l’un des derniers trésors de la biodiversité calédonienne

Il suffit de regarder l’image présentée ci-dessus, tirée de l’article des Nouvelle Calédonienne à propos de ce projet, pour comprendre que l’auteur, certainement l’architecte du projet, n’a pas la moindre idée du contexte et de l’environnement dans lequel s’insère ce projet : On y voit des cocotiers, des pins collonnaires, du gazon bien tondu et de la végétation tropicale au bord d’une piscine… là où l’on ne devrait voir que de la forêt sèche !

Petit rappel, la foret sèche, aussi appelée « sclérophylle », fait partie des forêts originelle de la Nouvelle Calédonie avant l’arrivée des hommes, elle couvrait toute la côte ouest. 60% des espèces végétales et animales de cette forêt n’existent qu’à cet endroit et nulle part ailleurs au monde. Aujourd’hui, après passage des feux et des bulldozer durant des années, il ne reste plus que 1% des surfaces d’origine… La situation est dramatique et sa protection fait partie des priorités pour la conservation de la biodiversité calédonienne.

Hors sur le site internet du programme foret sèche, on peut voir que Gouaro Deva représente un des derniers morceaux important de cette forêt, juste à l’endroit où est prévu ce projet.

C’est une relique précieuse de biodiversité protégée à plusieurs titres : classé site réservé par le programme forêt sèche, cet endroit fait aussi partie du patrimoine mondial de l’humanité (zone tampon terrestre de la zone côtière ouest). Et enfin cette forêt est protégée par le code de l’environnement de la province Sud, en théorie, toute intervention sur cette foret doit faire l’objet d’une autorisation spécifique.

La province Sud étant partie prenante du projet en tant que propriétaire des lieux, il y a fort à parier qu’obtenir l’autorisation de défricher ne sera pas du tout un problème pour eux ! La pauvre forêt sèche ne pèsera pas lourd dans les discussions avec les promoteurs. Il est probable que les discussions tournerons plutôt sur la taille du golf et s’il faut un parking à 4×4 devant chaque bungalow…

Pétrel contre bulldozer… qui va gagner ?

Lu dans les commentaire de l’article des Nouvelles, de quelqu’un qui semble bien informé :

#42 RE: Gouaro Deva : l’hôtel de luxe relancé — phil 17-12-2010 23:11
Le site de l’hôtel Sheraton et peut-être d’une partie du parcours de golf empiète sur une colonie de puffins fouquets, oiseau emblématique de la Calédonie et récemment classé par l’IUCN parmi les espèces vulnérables.
Ces oiseaux, ainsi que leurs nids, sont protégés par la loi en Province Sud, tout comme en métropole, n’en déplaise à Philippe Michel. La décision de Bercy d’accorder la défiscalisation au projet risque d’être remise en cause par le simple fait qu’il est illégal de détruire les nids, donc de construire ou remblayer sur le site de la colonie.
Il sera aisé d’attaquer le promoteur en justice. »

Un golf c’est écologique ?

NON, un golf ce n’est ni écologique, ni « durable ». Il faut des quantités d’eau incroyable pour entretenir un golf de « standing »  hors Gouaro Deva est une zone sans source d’eau suffisante, donc il faudra la faire venir de loin. Il faut aussi de grandes quantités d’énergie (pétrole et charbon) pour entretenir un golf, hors rien ne nous dit que l’énergie sera d’origine renouvelable sur le site. Et pour construire un golf il faudra bien sûr tout défricher…

On peut aussi se poser plein d’autres questions… et l’assainissement ? où irons les eaux usées ? dans le patrimoine mondial ? On va construire un aéroport, çà aussi c’est « durable » ?

Pas d’information, aucune garanties, que des effets d’annonce.

En fait de ce projet on ne sait presque rien… Quels sont les documents qui permettent au citoyen de se rendre compte si ce projet est effectivement respectueux de l’environnement ? Quelles seront les véritables contraintes imposées aux promoteurs concernant la qualité écologique des aménagements et infrastructures ? S’agira t-il seulement de « préconisations » (c’est à dire du vent et rien de concret) ou bien d’une véritable ambition environnementale marquée dans tous les aspects du projet ?. Pour le moment, il n’y a que des effets d’annonce, où l’on parle de milliards, et surtout ceux supposés venir des investisseurs alors qu’on se fait plus discret sur les milliards que cela va coûter à la collectivité pour la construction des voiries, et on « tartine » en vert le marketing du projet pour faire croire qu’il sera respectueux de l’environnement… Hors rien ne l’indique et tout porte à penser le contraire.

Et c’est pas fini… les chinois s’en mêlent.

Dans l’article des Nouvelles il est précisé que d’autres projets sont envisagés, et notamment avec des investisseurs chinois… Pour des casinos où ce genre de chose. Là aussi on marche vraiment sur la tête. Ces projet « Hors-sols » déconnectés du contexte social, environnemental et culturel n’apporterons rien à la Calédonie. Ils ne feront que gaver les promoteurs et gros entrepreneurs, qui continuent de s’engraisser sur le dos des calédoniens. Les études économiques produites sont souvent partielles, elles ne prennent jamais en compte les retours d’expérience existants, elle ne prennent jamais en compte le long terme. Ce sont de petits calculs, au bénéfices de quelques uns, et au détriment du plus grand nombre. L’aveuglement des politiques est réellement coupable, leur seule vision du développement : faire du chiffre avec la défiscalisation. Hors peut être pourrait-on s’interroger sur les priorités : la NC a t-elle besoin qu’on fasse « plus » de développement ou bien que l’on fasse « mieux » le développement ?

Je pense que la Calédonie a vraiment beaucoup mieux à faire que d’investir l’argent de la collectivité dans les mirages du tourisme comme celui-ci. Il y d’autres priorités et d’autres richesses à promouvoir. Dans 10 ou 15 ans, lorsque le tourisme mondial sera en graves difficultés faute aux prix élevés du pétroles, ces hôtels seront vides et les infrastructures seront défaillantes faute de maintenance.

La réduction des inégalités, la construction d’habitat social durable, l’agriculture responsable, l’éducation adaptée aux réalités locales, les énergies renouvelables, les transports alternatifs devraient être les priorités de l’investissement public. Ce sont des secteurs dont les bénéfices profiterons à plusieurs générations de calédoniens, et pas seulement à un groupe d’hommes d’affaires et politiciens des années 2010-2015.

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4 commentaires pour Hotel de Gouaro Deva : l’alibi écologique ne tient pas

  1. caledosphere dit :

    hello les écolos du caillou ;)

    demande d’autorisation pour retranscrire votre article sur mon blog, une bonne occasion de diffuser votre réflexion très pertinente que je rejoins à 200%

    merci

    Franck
    800412

  2. Ping : Quinze ans pour changer la Nouvelle Calédonie : s’effondrer ou s’adapter (Episode 2) | Ecolo du caillou

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